« Gouvernants/Gouvernés : la ressemblance n’est pas frappante ! », par A. Malafaye

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Dans notre cher vieux pays, beaucoup de nos compatriotes, lorsqu’ils sont en position de responsabilités professionnelles, hésitent encore à sortir de leur zone de confort et à se gratter un peu la tête pour aménager un poste, ou changer une organisation, afin d’intégrer celui qui n’a pas la chance d’être valide, bien voyant, bien entendant, ou encore celui qui souffre d’une toute anomalie génétique. Certains s’interrogent même sur le bien-fondé de tels efforts, probablement persuadés que handicap et productivité ne sont pas compatibles. Ou alors, peut-être est-ce lié à la peur de l’inconnu, l’autre, cet inconnu frappé par une chose bizarre, qui sort du champ visuel de la « normalité ». Pourtant, un handicap n’est pas contagieux. La bêtise, elle, l’est souvent…

Plus généralement, la France est un pays qui a tendance à cacher ses handicapés, et à chaque fois que nous nous comparons avec d’autres grands pays occidentaux, il y a de quoi rougir. Une thérapie collective aiderait sûrement à comprendre cette étrangeté sociétale.

Même si les sujets ne sont pas comparables, il en va de même avec la diversité, ou encore l’égalité homme / femme, et la France ne brille pas par son exemplarité autant qu’elle le devrait. Sur ce dernier point, comme pour le handicap dans le monde du travail, il a fallu que le législateur s’en mêle pour forcer l’évolution. Ainsi va la nature humaine, et ce n’est guère rassurant.

Dans le même temps, beaucoup cherchent à comprendre les origines de la crise qui frappe le système représentatif de notre pays (et celle des corps intermédiaires), et qui s’est soldée par le dégagisme des dernières élections.

Bien sûr, l’insuffisance des résultats et du renouvellement des élites couplée à une exemplarité souvent bafouée expliquent en grande partie cette poussée vers la sortie d’une quantité non négligeable des dirigeants politiques du « monde ancien ». Mais pas que. Force était de constater qu’en plus de mal nous représenter, nos représentants nous ressemblaient de moins en moins. Bien sûr, si l’Assemblée nationale, par exemple, ne pourra sans doute jamais être la photo exacte de la Nation française dans toutes ses composantes, les précédents hémicycles contrastaient sérieusement avec la réalité.

Cette nouvelle Assemblée ressemble davantage aux Français (rajeunissement, parité, diversité), et par voie de conséquence, la responsabilité qui pèse sur les épaules de ces nouveaux députés est encore plus écrasante. Souhaitons que le pari risqué de l’inexpérience se révèle payant à terme, mais ne perdons pas de vue la façon dont se fabriquent des dirigeants compétents. Par exemple, ce n’est pas un hasard s’il faut 35 ans pour accéder au grade de général. Les armées étant ce qu’elles sont, entre les enjeux de complexité et ceux de confiance, si le fait du prince régnait en maître, et s’il suffisait de plaire pour échanger ses galons contre des étoiles, il y a bien longtemps que la France n’interviendrait plus sur aucun théâtre d’opérations.

La méritocratie ne sera jamais une loterie. Mais pour autant, la consanguinité ne saurait être une réponse, ou un refuge. La confiance, ce bien si précieux qui rend tout possible, se bâtit sur des valeurs éprouvées et vérifiée. Sur du vécu et du ressenti.

Et c’est là que l’égalité – et non l’égalitarisme – entre en scène. C’est au nom de cette valeur sacrée que nous devons veiller à ne laisser personne au bord du chemin. Chacun doit avoir sa place. Chacun doit avoir sa chance. Dès lors, si dans les organisations, qu’elles soient politiques ou professionnelles, nous constatons à tous les niveaux cette ressemblance avec la société humaine, nous sommes fondés à penser que l’homme et la femme sont bien au centre du système. Nous pouvons donc avancer en confiance, persuadés qu’une blessure de la vie ou une différence, ne sont pas synonymes de mise à l’écart, ou de mise au rebus.

Les organisations les plus performantes sont celles qui font ce pari de la diversité des intelligences et qui, ainsi, jouent la carte de l’harmonie entre les réalités de la Cité et le monde des actifs. Cette éthique de gouvernance ne nuit en aucune façon aux obligations de résultat. Bien au contraire. Dans un monde secoué par la révolution numérique, la question de l’éthique permet au dirigeant de trouver des réponses aux deux questions qui ne devraient cesser de la hanter : « comment donner du sens » et « comment donner confiance ». Bien y répondre aidera à régler l’épineuse crise des systèmes représentatifs.

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