La souveraineté ne doit être comprise ni comme une autarcie ni comme un repli. Elle désigne plutôt la capacité à connaître ses dépendances, à les maîtriser et à préserver sa liberté d’action en temps de crise. Aucune nation ne peut tout produire ni tout contrôler, et toutes les dépendances ne sont pas problématiques : beaucoup résultent de coopérations utiles. L’enjeu est alors de distinguer celles que l’on peut accepter, celles qu’il faut sécuriser et celles que l’on ne peut plus se permettre. Cela suppose de raisonner en termes de risques, sur l’ensemble des chaînes de valeur et des domaines critiques, aussi divers que l’énergie, la santé, l’industrie, numérique, l’alimentation, la finance, la défense.
Mais au-delà des filières, les mêmes fragilités reviennent : gouvernance éclatée, incohérences entre politiques nationales et cadres européens, empilement normatif, déficit de compétitivité, confusion fréquente entre les objectifs et les moyens. S’y ajoute une question d’échelle : la souveraineté se construit d’abord sur des bases nationales solides, mais elle ne s’atteint pleinement qu’en travaillant au niveau européen. Plus significativement, la souveraineté a un prix qu’il faut assumer politiquement, financer économiquement et expliquer collectivement, faute de quoi l’ambition affichée restera déclarative. Les travaux de l’Institut Synopia cherchent à éclairer ces arbitrages : nommer les dépendances critiques, hiérarchiser les priorités et tenir un cap dans la durée.
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